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Une ambition forte pour les 25 prochaines années
Editorial de Jean-Pierre Worms, président de France Initiative
Depuis 25 ans, le microcrédit professionnel reposant sur la gratuité, la confiance et la solidarité que France Initiative a inventé a fait ses preuves. Plus de 130 000 entreprises ont, depuis les débuts du mouvement en 1985, profité de l’apport financier – un prêt d’honneur à taux zéro et sans garantie exigée – et de l’accompagnement que les plateformes de notre réseau apportent aux entrepreneurs.
L’exercice 2010 confirme le rôle de premier plan de notre mouvement. Au cours de cette seule année, France Initiative a financé près de 17 000 entreprises, qui ont créé ou sauvegardé plus de 37 000 emplois. D’autres résultats témoignent de l’utilité de notre modèle : la pérennité des entreprises, très largement assurée (86% à trois ans), et le très bon taux de remboursement des prêts (98%).
En une année, notre action a permis de faire retomber en pluie fine sur l’économie des territoires plus d’1,1 milliard d’euros. Pour la première fois, cette barre symbolique du milliard est franchie : c’est le résultat de l’addition du montant des prêts à taux zéro que nous accordons sur un an (166 M€) et des financements bancaires dont bénéficient les entrepreneurs après avoir obtenu un prêt d’honneur (965 M€).
Depuis ses premiers pas, France Initiative a fait un long chemin. Notre ancrage local était une volonté forte : nous couvrons aujourd’hui la quasi-totalité du territoire, en métropole comme dans les territoires ultramarins. Avec nous, l’accompagnement des créateurs est une action de proximité.
Nous avons formalisé nos principes dans une charte éthique et professionnalisé notre démarche en la transcrivant dans une norme de qualité qui fait référence et rassure nos partenaires financiers.
Le profil des entrepreneurs que nous aidons s’est diversifié, suivant en cela la démocratisation de l’entrepreneuriat pour laquelle nous avons beaucoup oeuvré.
Nous avons démultiplié nos modes d’intervention, devenant au fil des ans gestionnaire de dispositifs publics – le dernier en date, Nacre, dont nous sommes le premier opérateur, est réservé aux chômeurs.
Ce n’est pas la seule catégorie sur laquelle nous avons un réel effet de levier. Nous encourageons la création d’entreprises par les femmes. Nous avons adapté notre intervention aux besoins des créateurs d’entreprises innovantes, dont le besoin en fonds propres est plus élevé et le temps de maturation des projets plus long qu’à l’ordinaire.
Un modèle sans équivalent
Nous apportons notre pierre aux politiques de revitalisation des territoires, que ce soit dans ceux frappés par des fermetures d’usines, au coeur du monde rural ou dans les quartiers sensibles.
Notre objet s’est élargi à la reprise d’entreprises : la gestion de fonds régionaux en faveur de la transmission, que nous confient des conseils régionaux et la Caisse des Dépôts,nous conforte dans ce rôle de sauvegarde d’un tissu de petites entreprises et d’emplois, qui pourraient être fragilisés par la démographie des chefs d’entreprises.
À l’ensemble de nos partenaires publics européens, nationaux et locaux, nous avons adjoint, dans un modèle sans équivalent, les forces d’un nombre croissant de banques, de grandes entreprises et de PME. Les uns et les autres ont compris le bien-fondé de nos interventions en faveur du développement économique local. Aujourd’hui, enfin, nous exportons notre modèle au Maroc, au Burkina Faso, en Roumanie.
Rendre l’économie de marché accessible au plus grand nombre
Ces développements ne nous éloignent pas pour autant de notre modèle initial : pour compenser le manque de fonds propres de ceux qui veulent créer une entreprise, rien ne vaut la gratuité d’un prêt, rendu possible par les dons que nous accordent les pouvoirs publics et les entreprises. Et pour ceux qui ne sont pas issus d’un milieu de chefs d’entreprises, rien n’a plus de valeur que la solidarité active des professionnels d’un territoire – chefs d’entreprise, experts-comptables, avocats, cadres ou seniors –, engagés bénévolement à donner toutes les chances de succès à ceux qu’ils accompagnent.
Mettre en avant ces avancées ne revient pas à verser dans l’autosatisfaction. Bien au contraire, c’est un encouragement à aller plus loin et notamment, en ces temps de contraction des budgets publics, à associer davantage d’acteurs privés à notre action. C’est l’un des enjeux forts de la pérennité de notre modèle. Notre objectif n’est pas de construire un modèle économique alternatif. Nous nous battons pour que l’économie de marché soit accessible au plus grand nombre, qu’elle fasse une part plus grande au capital humain, à la gratuité et à la solidarité et qu’elle intègre la dimension sociale et sociétale comme une composante intrinsèque du développement et de la réussite des petites entreprises. C’est l’ambition forte des 25 prochaines années.