La discrète fortune des frères Bahadourian : le classement des plus grosses fortunes de Lyon

Dans le paysage économique de Lyon, certains noms résonnent plus fort que d’autres. Parmi eux, les frères Bahadourian, héritiers d’un patrimoine entrepreneurial remarquable et créateurs d’un empire commercial discret mais colossal. Petits-fils d’un épicier arménien installé à Lyon après avoir fui le génocide, Léo et Patrick Bahadourian ont bâti une fortune estimée aujourd’hui entre 1 et 1,5 milliard de francs suisses. Leur ascension fulgurante s’est construite principalement autour de la success story Grand Frais, tout en diversifiant leurs activités dans l’immobilier international. Malgré leur discrétion médiatique, ils figurent parmi les plus grandes fortunes lyonnaises et françaises.

L’empire Grand Frais : une success story à la lyonnaise

La réussite des frères Bahadourian s’est consolidée à la fin des années 1990, lorsqu’ils s’associent avec Denis Dumont, spécialiste des primeurs, et la boucherie industrielle Despi. Ensemble, ils développent un concept innovant de magasins spécialisés où chaque partenaire gère ses propres rayons avec un système de caisses mutualisées. Les magasins Grand Frais, d’une surface moyenne de 1000 m², se multiplient rapidement en périphérie des villes françaises.

La famille Bahadourian se charge spécifiquement des rayons épicerie à travers leur société Euro Ethnic Foods (EEF). Le succès ne se fait pas attendre : en 2018, l’enseigne devient l’une des préférées des Français, détrônant même Decathlon dans le classement OC&C. Selon le panéliste Kantar, 16% des foyers français fréquentaient alors ces magasins. Le chiffre d’affaires d’Euro Ethnic Foods a quintuplé en dix ans, témoignant de l’efficacité de leur modèle commercial.

De l’épicerie familiale à la fortune internationale

L’histoire de cette famille d’entrepreneurs commence avec Djebraïl Bahadourian qui, fuyant le génocide arménien de 1915, s’installe à Lyon après un long périple en Orient. En 1929, il fonde une épicerie aux mille saveurs qui porte encore aujourd’hui son nom. Au fil des décennies, ce commerce familial s’agrandit avec des succursales aux Halles Bocuse et aux Galeries Lafayette.

L’entreprise familiale connaît ensuite une scission stratégique : l’activité de détail est confiée au fils cadet Armand puis à ses filles, tandis que l’activité de gros revient à l’aîné Arthur. Ce sont les enfants de ce dernier, Léo et Patrick, qui développeront l’empire commercial actuel. La mémoire du fondateur reste honorée à Lyon, où la place située face au magasin historique de la Guillotière a été renommée place Djebrail-Bahadourian en 2003.

Un patrimoine milliardaire en constante évolution

La fortune des frères Bahadourian les place dans plusieurs classements prestigieux. Ils figurent parmi les « 300 plus riches de Suisse » du magazine économique Bilan. Dans le classement Challenges des 500 plus grandes fortunes françaises, ils occupaient la 124e place en 2024, en recul par rapport à leur 104e position en 2023 et leur 90e rang en 2022.

Leur patrimoine a connu une légère érosion, passant de 1,2 à 1,1 milliard d’euros entre 2023 et 2024. Les frères conservent 40% de l’activité d’Euro Ethnic Foods après avoir cédé 60% au fonds PAI Partners. Leur holding luxembourgeois Norkorz Capital affichait un milliard d’euros d’actifs en 2019, illustrant l’ampleur de leurs investissements diversifiés.

Le train de vie discret des milliardaires lyonnais

Malgré leur fortune considérable, les frères Bahadourian cultivent une remarquable discrétion médiatique. Quelques signes extérieurs de richesse trahissent néanmoins leur statut de milliardaires : une Ferrari de compétition et un yacht immatriculé à Malte géré depuis les Îles Vierges britanniques. Leur nom est apparu dans les Panama Papers, comme l’a révélé le site d’information Mediacités.

Les investissements immobiliers en Suisse

Le patrimoine des Bahadourian s’étend considérablement en Suisse. Selon le registre foncier cantonal, la famille a acquis des appartements et villas à Genève et ses environs pour 84 millions de francs suisses. Plus impressionnant encore, leur holding Themis a réalisé la deuxième plus grosse transaction immobilière genevoise en achetant un immeuble de bureaux pour 100,2 millions de francs suisses.

Le classement des plus grandes fortunes lyonnaises

  • Alain Mérieux (biotechnologies) en tête du classement
  • Norbert Dentressangle (transport et logistique) en deuxième position
  • La famille Lescure (Tefal, Seb) complète le podium
  • Michel Reybier et Christian Latouche aux quatrième et cinquième places
  • Les frères Bahadourian en huitième position des fortunes lyonnaises

Dans ce cercle très fermé des grandes fortunes lyonnaises, les secteurs de la santé, du transport et de la distribution dominent. Denis Dumont, autre cofondateur de Grand Frais, figure également dans ce classement après avoir vendu sa participation au fonds Ardian. Les fortunes lyonnaises se caractérisent par leur diversification et leur internationalisation croissante, avec une tendance marquée aux investissements dans l’immobilier et les actifs financiers à l’étranger, notamment en Suisse et au Luxembourg.