Philippe Pozzo di Borgo : fortune, vie et héritage de l'homme qui a inspiré Intouchables
Philippe Pozzo di Borgo incarne la résilience face au handicap et demeure une figure marquante de l'aristocratie française. Né en 1951 à Tunis, cet homme d'affaires brillant a vu sa vie basculer en 1993 suite à un accident de parapente qui l'a rendu tétraplégique. Son histoire d'amitié exceptionnelle avec Abdel Sellou, son auxiliaire de vie, a inspiré Intouchables, phénomène cinématographique mondial. Sa fortune, estimée entre 20 et 25 millions de dollars, provenait de sa carrière chez Champagne Pommery, de son héritage familial et des droits générés par son autobiographie. Décédé en juin 2023 à Marrakech, il laisse un héritage empreint de courage et d'humanité.
Origines aristocratiques et héritage familial des Pozzo di Borgo
Philippe Pozzo di Borgo voit le jour le 14 février 1951 à Tunis dans une famille corse illustre. Deuxième fils du 5e duc Pozzo di Borgo et du Marquis de Vogüé, il grandit au sein de deux lignées prestigieuses qui ont façonné l'histoire française. La famille Pozzo di Borgo représente probablement la plus ancienne noblesse d'origine insulaire corse.
Leur nom provient d'un village détruit par les Barbaresques au XVIe siècle, situé dans les hauteurs d'Ajaccio. Au fil des siècles, cette dynastie a donné des magistrats, des consuls et des capitaines corailleurs. Charles-André Pozzo di Borgo, ancêtre emblématique, s'est illustré comme rival historique de Napoléon Bonaparte. D'abord compagnons de la Révolution française, leurs visions ont rapidement divergé.
Charles-André servait le parti de Paoli en faveur de l'autonomie corse, tandis que Bonaparte défendait la France jacobine. En 1793, la famille Bonaparte dut fuir l'île face à la vindicte des Pozzo. Trois ans plus tard, Charles-André s'exila après la libération de la Corse par le jeune général Bonaparte.
Entré au service du tsar de Russie comme conseiller pour les affaires étrangères, Charles-André œuvra sans relâche à la chute de Napoléon Ier. En 1814, il pénètre dans Paris avec les alliés et devient commissaire général du gouvernement provisoire. Le roi Charles X lui accorde le privilège d'ajouter un lys d'or au blason familial. Au XIXe siècle, la famille se distingue grâce à son excentricité, acquérant notamment les vestiges du palais des Tuileries pour édifier leur château de la Punta à 800 mètres d'altitude en Corse. Philippe hérite ainsi d'un patrimoine familial considérable incluant des biens immobiliers qui contribueront significativement à sa fortune personnelle.
Carrière dans l'industrie du champagne et fortune accumulée
Avant son accident, Philippe Pozzo di Borgo bâtit une carrière remarquable dans l'industrie du champagne. Il occupe le poste stratégique de directeur général de la maison Champagne Pommery, dont il avait hérité. Contrairement à l'image véhiculée par Intouchables, il n'était pas un milliardaire rentier voyageant en jet privé mais un homme d'affaires salarié confronté à des défis professionnels considérables.
Les années 1990 représentent une période tumultueuse pour la société Pommery. Rachetée en pleine crise économique, l'entreprise doit restructurer ses effectifs et licencier du personnel. Cette situation génère un stress professionnel intense chez Philippe, qui cumule responsabilités managériales et épreuves personnelles. Son accident de parapente survient précisément durant cette phase difficile de sa vie.
Au moment de son décès en 2023, sa fortune est estimée entre 20 et 25 millions de dollars. Cette richesse provient de sources multiples et diversifiées. Son rôle de directeur chez Pommery constitue la première source de revenus significatifs. L'héritage familial substantiel des Pozzo di Borgo et des Vogüé forme le socle patrimonial de sa fortune.
Les droits d'auteur de Le Second Souffle, son autobiographie publiée en 2001, génèrent des revenus importants. L'adaptation cinématographique Intouchables apporte également une contribution financière majeure grâce aux droits liés au film. Son patrimoine immobilier, hérité des biens familiaux historiques, complète cet ensemble financier qui témoigne d'une gestion patrimoniale réussie malgré les épreuves.
L'accident de parapente et la transformation radicale de son existence
En 1993, Philippe Pozzo di Borgo subit un accident de parapente qui le rend tétraplégique à 42 ans. Paralysé du cou aux pieds, ce grand sportif perd instantanément l'usage de ses bras et jambes. Il s'était lancé dans des sports extrêmes pour échapper mentalement au cancer de son épouse Béatrice, première épreuve dévastatrice de son existence.
Après des mois en réanimation, Philippe se réveille condamné à l'immobilité. De longs mois à regarder le plafond s'écoulent dans une souffrance physique et psychologique insupportable. Dans Le Second Souffle, il confie : "je n'ai plus de passé, je n'ai pas d'avenir, je suis une douleur présente".
L'euthanasie lui apparaît comme l'unique solution. Il affirme sans détour : "J'aurais exigé l'euthanasie si on me l'avait proposée". Cette période sombre atteint son paroxysme en 1996 lorsque Béatrice succombe au cancer, trois ans après l'accident. À ce moment précis, tout s'arrête pour lui.
Pourtant, un sursaut vital survient grâce au regard de ses proches et soignants. Philippe découvre que leur considération devient la lumière qui le convainc que sa dignité demeure intacte. Ce transfert de dignité le retient au bord de l'abîme. Il comprend qu'il compte pour les autres malgré son état. Cette prise de conscience transforme radicalement sa perception et lui redonne la volonté de vivre.
Le phénomène Intouchables et l'impact culturel mondial
L'amitié entre Philippe et Abdel Yasmin Sellou devient le sujet du film Intouchables en 2011. Cette rencontre improbable unit l'aristocrate tétraplégique et ce petit caïd de banlieue d'origine algérienne, fraîchement sorti de prison. Abdel devient son auxiliaire de vie pendant quinze années déterminantes.
Leur complicité affectueuse et pleine d'humour permet à Philippe de surmonter sa dépression. Un monde bourgeois lambrissé rencontre l'univers des cités, créant une amitié extraordinaire qui transcende les différences sociales. Cette relation devient centrale dans la réhabilitation de Philippe et sa quête de sens.
Le film réalisé par Olivier Nakache et Éric Toledano, avec François Cluzet et Omar Sy, connaît un succès phénoménal. Troisième plus grand succès du box-office français avec près de 20 millions d'entrées, il totalise plus de 30 millions de spectateurs à l'étranger. Ce triomphe fait de lui le film français le plus vu hors de France.
Philippe se déclare ému par la performance de François Cluzet : "J'ai eu l'impression de me voir. Il a des expressions du regard extraordinaires". Il souhaite que le handicap soit traité avec gaîté plutôt que dramatisation. Le film raconte comment la joie peut jaillir d'une relation entre deux êtres fragiles qui se font confiance.
Le phénomène inspire plusieurs remakes internationaux, dont The Upside avec Bryan Cranston et Kevin Hart. Olivier Nakache et Éric Toledano rendent hommage à Philippe sur les réseaux sociaux après son décès en 2023, saluant cette belle âme qui marqua profondément le cinéma mondial.
Engagement associatif et combat contre l'euthanasie
Philippe Pozzo di Borgo devient un défenseur acharné des personnes en situation de handicap. Sa notoriété lui permet de sensibiliser et inspirer des milliers de personnes confrontées à des épreuves similaires. En 2011, il accepte la présidence d'honneur de l'association Simon de Cyrène, qui crée des maisons de vie partagée pour polyhandicapés et traumatisés crâniens à travers la France.
En 2015, il devient parrain de l'association Soulager mais pas tuer, militant activement contre l'euthanasie. L'année suivante, il parraine UP for Humanness, réseau international œuvrant pour un monde plus humain. Ces engagements témoignent de sa volonté de transformer son expérience en force collective.
Philippe mène un combat ferme contre l'euthanasie et le suicide assisté. Il affirme avec conviction qu'il les aurait choisis si proposés après son accident. Il dénonce les bien-portants qui décrètent les handicapés malheureux sans les connaître : "Que savent-ils du chemin que nous avons fait pour consentir à notre situation".
Il refuse la fausse compassion et les solutions mortifères qui évitent d'assister les plus fragiles. Son message résonne fort : "Ne poussez pas les plus fragiles à la désespérance, au suicide ou à l'euthanasie. Réaffirmez le droit de chacun d'être aidé à vivre et jamais à mourir".
En 2004, Philippe épouse Khadija Najimi au Maroc. Le couple a deux enfants et réside à Marrakech, où Philippe décède le 1er juin 2023 à 72 ans. Cet homme courageux et drôle, qui filait dans les rues d'Essaouira avec son fauteuil transformé en Formule 1, devient une légende vivante dans le monde du handicap, laissant un héritage d'espoir et de dignité.
Journaliste pour France Initiative.